Les marchés face aux Etats-nations
Après des mois de guerres picrocholines, la tribu des économistes de marché a retrouvé la foi : la reprise ne se fera ni en U, ni en W, ni en L, ni en racine carrée, ni même en Z. Mais en V. On aurait tort de sourire de ce débat, et de son aspect microcosmique. Les croyances des marchés, savamment élaborées par ses économistes, ont un impact réel. Car ces convictions sont auto-réalisatrices. Au moins pour un temps. Mais la crise a provoqué des transformations profondes, et les Etats ont fait un retour en force dans le jeu économique pour éviter la catastrophe. Ils ne se retireront pas aussi vite qu’ils sont revenus, comme le souhaitent les apôtres des mécanismes de marchés totalement libéralisés. Face à la globalisation triomphante, la problématique du rôle de l’Etat dans l’économie, de ses liens avec la nation revient au premier plan en France, comme dans les autres pays avancés.
La fin de la crise n’est qu’une croyance des marchés financiers
Les marchés décryptent des présages de reprise, même en Occident. C’est ce qui explique que les indices boursiers bondissent… et que les marchés croient encore davantage à la reprise, et ainsi de suite : les bourses montent encore et encore. Il est vrai que l’action des banques centrales et les déficits des Etats pour sortir de la récession ont fait exploser le montant des liquidités à un niveau atomique.
Les marchés estiment également (et ils ont raison) que le retour de l’inflation n’est pas pour demain, tant les salaires sont tirés vers le bas par la globalisation et le chômage. Certes l’endettement des Etats occidentaux relève lui aussi du risque nucléaire. Mais c’est en même temps la meilleure garantie que les taux d’intérêt vont rester durablement bas.
Les banquiers centraux savent parfaitement qu’une remontée des taux provoquerait un cataclysme qui mettrait le monde occidental en faillite. Les marchés sont également convaincus que les grandes entreprises cotées ont retrouvé le chemin des profits en prenant les bonnes décisions : réduire leur masse salariale, renforcer la pression sur la sous-traitance (et tant pis pour les PME qui agonisent), renforcer les délocalisations, investir dans les pays émergents là où sont les marchés porteurs.
D’ailleurs, les enquêtes révèlent un retour à la normale du niveau de trésorerie des grandes entreprises, tandis que les résultats trimestriels sont orientés à la hausse. Les économistes des marchés détectent ainsi suffisamment de signaux positifs pour espérer être bons prédicateurs...
|