Il faut une stratégie pour la France
Il ne s’agit plus simplement de savoir comment sauver la croissance en 2009. Il est déjà trop tard. Reconnaissons-le : l’ampleur du plongeon de l’industrie en France, comme dans les autres pays avancés ou émergents, nous a surpris. Nous avons du réviser fortement nos prévisions à la baisse, malgré la relative bonne tenue de la consommation (une exception parmi les pays avancés). Pour autant, nous devons d’ores et déjà scruter au-delà des difficultés de l’année en cours. L’urgence, c’est aussi de bâtir une véritable stratégie de redéploiement, dont on ne lit malheureusement guère les contours dans la politique française.
Aux Etats-Unis, les choix sont déjà formulés. D’abord assurer le financement des déficits, qui resteront structurels. Hillary Clinton s’est envolée en priorité pour l’Asie, et plus spécifiquement vers la Chine, pour s’assurer que Pékin continuera bien de financer l’économie américaine. Qu’on y regarde bien : il existe une alliance, la « Chimérique » (Chine + Amérique), avec un Yuan (RMB) de nouveau accroché au dollar, formant ainsi une zone monétaire unique. Rassuré sur le financement, M. Obama va pouvoir se concentrer sur le redéploiement américain : rebâtir son industrie financière, un instrument vital pour drainer l’épargne mondiale.
Appuyer ses industries de défense, le second secteur où les Etats-Unis entendent rester leaders. Récupérer la demande écologique pour bâtir un nouveau rêve américain : pour les citoyens comme pour les financiers. Le sous-titre de l’édition américaine du dernier livre de Thomas Friedman est d’ailleurs tout un programme : « pourquoi il nous faut une révolution verte, et comment cela peut faire rebondir l’Amérique ». Wall Street y est très attentif….
Quant à l’Allemagne, si l’on n’y prend garde, elle ne peut que persévérer dans sa stratégie de conquête de parts de marché dans les biens d’équipement, contre tous les autres pays avancés. Certes, elle paie aujourd’hui au prix fort d’avoir tout misé sur les exports, en sacrifiant depuis une décennie la consommation des ménages. Mais nul doute que si l’on n’y prend garde, le cap de la domination industrielle au détriment de ses voisins – et par conséquent la France - sera maintenu.
Quelle stratégie pour la France ? Il est urgent d’ouvrir le débat. Xerfi se devait de stimuler la réflexion. C’est la mission de nos conférences « e-changes Xerfi » (voir pages 24 à 28). Une démarche sans à-priori ni tabous, avec non seulement des économistes, des financiers mais aussi des chefs d’entreprise et des politiques (de tous horizons) unis par une ferme volonté de favoriser dans ce pays, et avec des idées neuves, la création de richesses et d’emplois. Pour expliciter notre seule ambition, je me permets de conclure par le plagiat du titre d’un très beau livre de Pierre Mendès France : seule la recherche de la vérité guide nos pas.
Laurent Faibis
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