Les défis des Etats-Unis : une Obamania Chimérique ?
Le Président Obama doit affronter une économie américaine ravagée. Les ménages sont exsangues, avec un taux d’endettement spectaculaire, un patrimoine immobilier et boursier, et en conséquence une épargne retraite laminés. Bien plus, le chômage fait chaque mois des bonds spectaculaires. Les réseaux de distribution sont décimés par la baisse de la consommation. L’industrie financière, figure de proue de la prospérité passée, fait figure de tonneau des Danaïdes : le plan Paulson n’est pas encore parvenu à stopper l’hémorragie et rétablir la confiance dans le système bancaire. L’industrie manufacturière a perdu depuis des années toute compétitivité, creusant un déficit abyssal du commerce extérieur, y compris dans les hautes technologies. Les infrastructures publiques sont délabrées, en raison d’une décennie de sous-investissement. Et pendant ce temps, il faut bien continuer de financer les opérations militaires en Afghanistan et en Irak, qui creusent elles aussi le déficit courant.
State of emergency
C’est la panne totale. Plus aucun agent privé, ménage ou entreprise n’est en effet en mesure de donner une impulsion à l’économie. Le recours à l’Etat est donc incontournable. Le programme Obama prévoit déjà un stimulus public de 825 milliards de dollars. Un tiers de cette somme est constitué de baisses d’impôts, dont 185 milliards de dollars pour les ménages, qui s’ajoutent donc aux aides apportées en 2008 par l’Administration Bush, soit plus de 300 milliards en 2 ans. Les recettes de l’Etat fédéral en sont fortement entamées, d’autant que la récession va faire chuter les rentrées fiscales. Dans le même temps, Obama veut accélérer les dépenses publiques à hauteur de 550 milliards de dollars, avec notamment un gigantesque programme orienté vers le redressement des infrastructures.
Tous plafonds de déficits crevés
Il n’est pas certain que ce programme soit suffisant compte tenu de l’ampleur des dégâts. Le modèle passé de l’enrichissement virtuel par les plus-values, la dette et la finance de Ponzi a provoqué un tremblement de terre économique : « the financial big One ». Ce qui est sûr, c’est que le déficit public va crever le plafond des 10% du PIB en 2008 (rappelons que dans l’Eurozone, les critères de Maastricht imposent un maximum de 3% !).
Les pessimistes envisagent même un déficit public qui approcherait les 15%. En effet, les rentrées fiscales promettent d’être désastreuses. Pire, ce premier plan Obama pourrait bien s’avérer insuffisant et l’on ne peut pas écarter l’hypothèse de l’annonce dans les 6 mois de nouvelles mesures de soutien à l’économie et à la finance américaine. Nombre d’Etats de l’Union sont eux-mêmes étranglés, et doivent supporter d’énormes spreads de taux pour financer leur dette.
Qui va payer ?
Comment financer un tel gouffre ? Voilà une question très lourde de conséquences stratégiques. Certes, le dollar conserve son droit de seigneuriage lié à son statut de monnaie de réserve internationale. La Fed a baissé ses taux à un niveau plancher. Pas d’autre solution que de continuer de créer de la monnaie, et donc s’endetter encore, et encore. Mais auprès de qui ? Le système financier américain n’a plus les moyens de drainer l’épargne indispensable. Les pays avancés excédentaires, l’Allemagne et le Japon, sont eux-mêmes touchés de plein fouet par la crise et doivent financer leurs propres plans de relance. Les pays pétroliers ont vu leurs ressources fondre sur le sable avec la chute des cours du baril. De toutes parts, les besoins des Etats explosent, au risque d’assécher les marchés. Déjà certains prédisent, non sans motif, une nouvelle bulle de la dette d’Etat, et la menace à terme d’un krach obligataire. Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour l’heure, il faut sauvegarder le capitalisme mondial, et donc sauver le soldat USA.
La Chine à la manœuvre
Il n’en reste plus qu’un : la Chine, avec ses réserves colossales. Une Chine qui est pourtant elle aussi rattrapée par la crise : de Shanghai à Canton jusqu’à Shenzhen et Hong Kong, les faillites se multiplient, et on licencie à tours de bras. Une Chine qui a tout intérêt à défendre sa compétitivité en continuant d’arrimer sa monnaie au dollar. Pour cela, il lui faut acheter de la dette américaine, renforcer encore ses excédents et ses réserves. Contrairement à ce que certains naïfs croient, la Chine ne relancera pas sa consommation intérieure. Rester une économie largement excédentaire est indispensable à sa stratégie de puissance. A cette fin, le maintien de la compétitivité extérieure avec des salaires bas et une monnaie sous-évaluée est un pré-requis.
L’incontournable alliance Chine-USA
On l’aura compris, la poursuite pendant quelques années encore de l’alliance stratégique entre la Chine et l’Amérique, ce que certains experts appellent déjà la « Chimérique », est une exigence stratégique dans l’intérêt à court terme bien compris des dirigeants de ces deux pays. Les européens naïfs, qui attendent trop d’Obama pour voir se resserrer les liens économiques entre les deux rives de l’Atlantique pour faire front au défi asiatique, risquent fort d’être déçus. Sans compter les risques de dommages collatéraux sur la solidité de l’Union européenne : que vont faire le Royaume-Uni et l’Allemagne, dont les stratégies sont mises en déroute par la crise ?
Laurent Faibis
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