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Dernier numéro : 27 novembre 2008

Xerfi Previsis N°140-141

 

SOMMAIRE de XERFI PREVISIS

LE POINT DE VUE de LAURENT FAIBIS

  1. LA FRANCE FACE AUX CHOCS
    DE L'ECONOMIE MONDIALE
  2. INDUSTRIE FRANCAISE : QUELLE PLACE SUR L'ECHIQUIER MONDIAL
  3. PREV. MACRO-SECTORIELLE 2009
    INDUSTRIE-CONSTRUCTION
  4. PREV. MACRO-SECTORIELLE 2009
    SERVICES-COMMERCE
  5. PREV. MACRO-SECTORIELLE 2009
    LES MOTEURS DU REBOND 20010
  6. CONSOMMATION ET DISTRIBUTION
    LA GRANDE MUTATION
  7. IMMOBILIER DE LOGEMENT
    LES PREVISIONS 2009-2015
  8. INDUSTRIE FINANCIERE FRANCAISE :
    QUELLES OPPORTUNITES ?


Xerfi Previsis N° 140-141 <HTML>

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LE POINT DE VUE
de LAURENT FAIBIS
 
Numéros précédents de Xerfi Previsis
 
  Xerfi Previsis N° 156 :
juin-juillet 2010

Spécial colloque :
LA FINANCE FACE A L'EMPLOI
Dossiers :
- Prévisions macro-sectorielles France
- La France et ses multinationales
 
Xerfi Previsis N° 154 :
avril 2010

Dossier du mois :
LA FRANCE DES SECTEURS
Conférence Xerfi:
Yvon JACOB
France et Industrie
Jean-Marie CHEVALIER
La volatibilité des prix du pétrole
Jean-Paul BETBEZE
Sortir de la crise
 
Xerfi Previsis N° 153 :
mars 2010

Dossier du mois :
FRANCE, PERSPECTIVES 2010
Conférence Xerfi:
Roger-Pol DROIT & François HENROT
Le philosophe et le banquier
Olivier BOMSEL
Directeur de la chaire ParisTech
Michel CHOUKROUN
Problématiques de distribution
 
Xerfi Previsis N° 152 :
février 2010

Dossier du mois :
QUELS MODELES DE CROISSANCE POUR LES PAYS AVANCES APRES LA CRISE ?
Conférence Xerfi:
Cristian de PERTHUIS
Professeur d'économie à Dauphine
Michel AGLIETTA
Expert de l'économie financière
Jean de KERVASDOUE
Professeur au CNAM

 
Xerfi Previsis N° 151 :
décembre 2010

Dossier spécial
L'INDUSTRIE EUROPENNE EN CRISE: quelles stratégies de redéploiement ?
Conférence Xerfi:
Olivier PASTRE
Professeur à Paris VII

 
Xerfi Previsis N° 150 :
décembre 2009

Symposium des prévisions économiques 2010-2011 :
LA RECESSION EST FINIE, PAS LA CRISE
Conférence Xerfi:
Laurent FAIBIS
Président du groupe Xerfi
Alexander LAW
Directeur de Xerfi Global
Alexandre MIRLICOURTOIS
Directeur des études
 
Xerfi Previsis N° 149 :
novembre 2009

Grand emprunt :
l'absence de vision stratégique
Conférence Xerfi:
Jean-Michel QUATREPOINT
Journaliste (Monde / Agefi / Tribune)
Frédéric ENCEL
Expert français de géopolitique
 
Xerfi Previsis N° 148 : octobre 2009
Factures et fractures de la crise
Conférence Xerfi:
Jean-Marie CHEVALIER
Professeur à Paris-Dauphine

 
Xerfi Previsis N° 147 :
septembre 2009

Un an après
 
Xerfi Previsis N° 146 : juin 2009
La France face à la crise mondiale : les enjeux de l'économie de la conception
Conférence Xerfi :
La France face à la crise globale :
quelle stratégie ?
Interventions d'Anton BRENDER,
Directeur des études économiques de DEXIA et Vincent PROLONGEAU
Président d'Entreprise et Progrès
 
Xerfi Previsis N° 145 : mai 2009
La stratégie américaine : la reprise par la fuite en avant
Conférences Xerfi e-changes :
Michel VOLLE - Statisticien et économiste
Alain NEMARQ - Président de Mauboussin
 
Xerfi Previsis N° 144 : avril 2009
Eloge de la dette
Conférences Xerfi e-changes :
Matthieu PIGASSE et Gilles FINCHELSTEIN VP Lazard et DG de la Fondation Jean Jaurès
Michel AGLIETTA
Conseiller scientifique CEPII, membre du conseil d'Analyse Economique
 
Xerfi Previsis N° 143 : février 2009
Il faut une stratégie pour la France
Conférence Xerfi e-changes :
Jean-Michel QUATREPOINT
Ancien patron de presse
Jean-Luc GREAU - Economiste
 
Xerfi Previsis N° 142 : janvier 2009
Les défis des Etats Unis :
une Obamania chimérique
 
Xerfi Previsis N° 140-141 :
décembre 2009

D’une béquille à l’autre
Conférence Xerfi :
Au-delà des crises, les moteurs du rebond
   
  Xerfi Previsis N° 139 :
novembre 2008

Sortir de la vraie crise
   
  Xerfi Previsis N° 138 : octobre 2008
Sous la crise financière,
la crise de la globalisation
   
  Xerfi Previsis N° 137 :
septembre 2008

Croissance mondiale :
la fin des années folles
   
   
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L’accès privilégié à la connaissance des secteurs économiques : Leader en France des études économiques sectorielles, le groupe Xerfi présente le plus grand catalogue de travaux sur la France et l’International.
Editeur indépendant, il est contrôlé à 100 % par ses dirigeants et apporte à ses clients par son expertise professionnelle, sa liberté éditoriale, son ouverture intellectuelle, l’accès à la connaissance actualisée des évolutions sectorielles, des stratégies des acteurs économiques et de leur environnement.

Le groupe Xerfi offre cinq niveaux d’accès à la connaissance économique:

  • l’analyse et la prévision sur le panorama complet des secteurs par Xerfi France,

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  • les grandes prévisions macro-économiques sur la France et l’international par
    Xerfi Previsis



La dimension internationale 
: Xerfi Global met à la disposition des ses clients tournés vers l’international les études du groupe Xerfi sur les grands secteurs et groupes mondiaux.

L’engagement citoyen : Xerfi  entend participer activement à la réflexion sur les grands enjeux économiques.  Il mobilise à cette fin sa connaissance approfondie de l’économie mondiale et de tous les secteurs économiques, son expertise,  sa liberté d’analyse et de diagnostic conférée par son indépendance statutaire et financière.


D’une béquille à l’autre

La crise actuelle n’est pas une simple panne de croissance. C’est en fait le modèle économique occidental, et tous les bénéfices qu’il a tiré depuis vingt ans de la globalisation et de la financiarisation des marchés, qui est remis en cause. Un véritable « business model » qui a permis à certains pays avancés une croissance très supérieure à leur potentiel réel. Il faut bien comprendre que ce rythme de croissance exceptionnel a été rendu possible grâce aux effets vertueux de la mondialisation de la production et du rôle amplificateur de la finance. En faisant court : les ménages ont pu consommer moins cher, les entreprises ont pu démultiplier leur profitabilité, les patrimoines (qu’il s’agisse d’immobilier ou d’actions) se sont survalorisés, créant un climat d’euphorie.

On ne peut pas se contenter de bricoler

Mais ce modèle économique ne fonctionne plus. Il ne s’agit pas d’un simple incident technique. Il ne suffit pas de réparer, voire de changer quelques pièces, pour le remettre en marche. Non, le business model qui s’est mis en place depuis une vingtaine d’années avec la libéralisation des économies et des échanges, la déréglementation de la finance, ce système, qui a assuré la croissance, ne fonctionne plus.

Certes, les Etats ont su jouer les pompiers pour éteindre l’incendie bancaire. Certes, les Etats multiplient les plans de soutiens, les programmes de relance. A court terme, il n’y a pas le choix. Mais les dysfonctionnements de la machine économique occidentale sont bien plus graves qu’il n’y parait. D’abord, parce que la finance n’est pas la cause première de la crise. On aurait d’ailleurs bien tort de faire des banquiers et des financiers les boucs émissaires de la catastrophe. Ce serait oublier que la finance a été LE moteur principal de la prospérité occidentale ces dernières années. En vérité, le dynamisme de la finance a permis de masquer l’essoufflement du modèle de croissance de « l’économie réelle ». Ne pas se poser les vraies questions, celles qui peuvent fâcher, ce serait déjà préparer la prochaine crise, et accepter par avance de tomber de Charybde en Scylla.

Trois grands « business models » occidentaux

En vérité, c’est un abus de langage de parler de modèle de croissance occidental, car il y a une grande variété de systèmes d’économie de marché avancés. On voudrait ici en évoquer les trois principaux :

1. le modèle globalo-financier, dont la version la plus pure s’est mise en place aux Etats-Unis, et encore davantage au Royaume-Uni. Il a été la véritable motrice du dynamisme mondial, une locomotive aujourd’hui bien délabrée. Nous allons insister sur celui-ci, en raison de son rôle central de l’économie-monde.
2. Le modèle intégrateur-industriel, que l’on peut illustrer par le Japon, et mieux encore par l’Allemagne. Un modèle de vertu, avec une industrie forte et compétitive, des excédents du commerce extérieur, mais une consommation intérieure atone. Lorsque l’on fait les comptes, les citoyens allemands et japonais sont finalement les grands perdants des 15 dernières années.
3. Le modèle floridien, tire son nom de l’état américain éponyme. Sa version « eurozone » s’appelle l’Espagne. La prospérité des floridiens est étroitement liée à l’appartenance à une zone de croissance qui leur permet de ne pas payer le prix de leurs excès en termes de déficits extérieurs et d’inflation. Des déséquilibres qui sont la conséquence d’une consommation effrénée : c’est le bénéfice de l’hypertrophie de la filière immobilier-construction, et d’une économie de services à faible productivité (centrée sur le tourisme).

La France : un modèle hybride

Et la France, où la classer ? C’est en fait un modèle de croissance hybride. Elle a su conjuguer la puissance d’un système bancaire sophistiqué et de multinationales fortes, qui lui donnent quelques ressemblances avec les « globalo-financiers ». Mais, tout comme les « intégrateurs-industriels », elle a conservé des pans industriels importants. Elle n’a toutefois pas voulu tout sacrifier à la compétitivité extérieure. De fait sa consommation est restée dynamique. Mais son commerce extérieur est structurellement déficitaire. Et puis, la France a bien quelques traits des floridiens : le tourisme et l’immobilier y ont été florissants ; les filières constructions et services à faible productivité ont été ces dernières années chez nous les plus gros pourvoyeurs d’emplois.

C’est sans doute en raison de sa polyvalence que les performances de notre pays sont restées dans un entre-deux. Notre modèle économique n’a en effet jamais fait des choix tranchés entre la finance et l’industrie. Mais c’est aussi grâce à ce modèle composite que l’économie française a pu éviter le surendettement des ménages, la spéculation immobilière débridée, la désindustrialisation massive, la compression des revenus salariaux. On ne cessera de le répéter : les fondamentaux de la France sont plutôt moins mauvais qu’ailleurs.

Pour autant, notre pays ne saurait pas constituer un ilot de prospérité sur un océan démonté. Pour comprendre l’ampleur du désastre, il faut centrer son attention sur la tourmente qui emporte le cœur de l’économie mondiale : le système globalo-financier. Il faut s’attacher plus spécifiquement au cas des Etats-Unis, compte tenu de leur poids économique, financier et géostratégique. En Europe, le Royaume-Uni a été le représentant le plus significatif de ce modèle de croissance.

S’endetter plus pour consommer plus

Le moteur principal de la croissance des « globalo-financiers » a indubitablement été la consommation des ménages. Ces pays ont pu vivre pendant des années très au-dessus de leurs moyens grâce à la puissance de leur secteur financier. Il leur a permis de drainer vers eux une épargne mondiale surabondante. S’est ainsi développée une industrie financière sophistiquée qui s’est engagée dans la production et l’exportation massive d’un produit dématérialisé : la dette. Un produit-dette acheté par les pays excédentaires, et notamment les émergents (dont la Chine, les pays producteurs de pétrole), mais aussi des pays industrialisés comme le Japon et l’Allemagne qui ont un solde du commerce extérieur structurellement positif. Ainsi, c’est bien l’exportation de la dette qui a compensé le déficit abyssal du commerce extérieur américain. Je vous achète vos biens de consommation, je vous vends mes dettes…

Soutenir les dépenses sans compter

La consommation des globalo-financiers a été d’autant plus forte, qu’elle a été stimulée par la multiplication de facteurs de soutien aux dépenses des ménages. Au premier rang desquels la baisse des prix des produits de grande consommation, grâce aux effets bienfaisants de la délocalisation de la production dans les pays à bas salaires. De plus, les ménages ont tiré avantage des effets richesses provoqués par la bulle immobilière et la flambée du marché action. Les ménages sont en effet aussi des épargnants. S’estimant plus riches, ils se sont faits cigales. Leur épargne et leur plan de retraite étaient largement alimentés par la hausse du prix des actifs.

Mais il faut aussi évoquer la financiarisation du pouvoir d’achat pour comprendre la dynamique de la consommation. D’une part, les revenus de l’épargne financière se sont partiellement substitués aux revenus du travail. D’autre part, l’endettement des ménages a atteint des niveaux record, dans un climat de crédit facile. Le crédit pour acheter des logements, mais aussi des produits de consommation, et en particulier des biens durables (automobiles, meubles, écrans plats…).

Parmi les stimulants de la consommation, il ne faut pas oublier non plus les cadeaux fiscaux : l’administration Bush a été particulièrement généreuse en la matière. Le déficit fédéral s’est ainsi ajouté à la dette des ménages pour encourager à la dépense et à la spéculation. De la dette, toujours de la dette.

Une désindustrialisation massive

La financiarisation de l’économie et des revenus a joué pendant des années un véritable rôle de béquille, « une béquille financière », qui masquait de profonds déséquilibres. Le plus criant aujourd’hui, c’est la désindustrialisation de ces pays. Ils ont misé à fond sur la globalisation et la financiarisation, ce qui entrainé la destruction massive d’emplois dans le secteur secondaire. Ainsi même dans les secteurs à haute technologie, le commerce extérieur des Etats-Unis est devenu déficitaire ! Avec la perte des emplois industriels, ce sont des activités à forts gains de productivité qui se sont évanouies. Mais c’est aussi une partie de la classe moyenne qui a été balayée et qui s’est appauvrie.

C’est d’ailleurs non pas dans les technologies de pointe, mais dans les activités peu qualifiées des services et de la construction qu’ont été créé l’essentiel des emplois. Il faut aussi évoquer la détérioration des infrastructures et des services publics, qui a entrainé la multiplication de coûts cachés et des pertes de compétitivité.
La baisse des revenus

Le plus inquiétant pour l’avenir, c’est la contraction des revenus, et en particulier des revenus salariés. La concurrence des pays à bas salaires a entraîné une véritable convergence des coûts vers le bas pour les personnels les moins qualifiés.

Mais elle a également atteint les revenus des salariés qualifiés de l’industrie dont les emplois ont été détruits. Cette tension à la baisse des revenus salariaux s’est propagée de proche en proche à l’ensemble du marché du travail. N’ont pu échapper à ce cercle vicieux que les salariés bénéficiant d’un positionnement ou d’un savoir faire spécifique, et ceux dont les revenus étaient connectés, directement ou indirectement, à la bulle financière.

Les statistiques américaines et britanniques révèlent que le plein emploi n’a été assuré qu’au prix d’une démultiplication de postes à bas salaires horaires. Il en est résulté une société de plus en plus inégalitaire, ou la progression du revenu moyen ne signifie plus rien. Aujourd’hui, la chute des revenus « financiarisés » et la dévalorisation de l’épargne mettent à nu la question du prix du travail…et de la capacité de consommer.

La béquille brisée

Ainsi, la béquille financière qui a permis d’accélérer la croissance grâce à la consommation des ménages et à la dette, cette béquille financière s’est brisée. Les pays globalo-financiers sont désormais confrontés à une industrie bancaire sinistrée, un déséquilibre astronomique des finances, des ménages dont le taux d’endettement atteint des records mondiaux. Ils rejoignent ainsi le Japon, qui est confronté depuis quinze ans à une consommation étale. De leurs côté, les entreprises doivent faire face à une demande qui se dérobe et une concurrence qui se durcit. Les marges se contractent, malgré les gains de productivité, malgré l’allègement des coûts salariaux, malgré les délocalisations. La rentabilité des capitaux investis va d’autant plus être mise à mal qu’il va être beaucoup plus difficile que par le passé d’avoir recours aux effets de levier.

Se révèle ainsi le mal profond : sans l’appui déterminant de la béquille financière, avec des revenus du travail sous pression, et des ménages qui doivent absolument se désendetter, la purge risque d’être longue, très longue. Exit le moteur de la consommation. Car on a trop souvent oublié que le salarié n’est pas seulement un coût de production : c’est aussi un épargnant, et surtout un consommateur. En tant que coût de production, la concurrence des pays émergents et les délocalisations rendent sa situation de plus en plus précaire : ce n’est pas bon pour ses revenus. En tant qu’épargnant, une part substantielle de son patrimoine s’est évaporée : la peur de l’avenir le pousse inexorablement à reconstituer cette épargne, ne serait-ce que pour préparer une retraite (par capitalisation ?). En tant que consommateur, privé de crédit, avec une épargne dévalorisée, pessimiste pour les revenus de son travail, il déserte les centres commerciaux et les concessionnaires automobiles.

Tous les modèles sont imbriqués

Or sans consommation, sans effets richesses, avec des ménages qui doivent impérativement se désendetter, le « business model » globalo-financier qui a accéléré toute l’économie mondiale ces dernières années ne peut plus fonctionner. Il emporte dans la récession les autres modèles économiques occidentaux, presque sans exception. L’économie espagnole s’effondre au rythme de son marché immobilier et de sa filière construction. Les chiffres du chômage flambent. Même la vertueuse Allemagne est affligée, tous moteurs de croissance à l’arrêt. Elle est privée depuis des années de consommation pour cause de compétitivité, et voilà maintenant ses exportations qui s’essoufflent à cause de la crise occidentale, mais aussi du ralentissement des émergents. La baisse du prix du pétrole fait ainsi replonger la Russie dans la tourmente. La Chine, l’Inde, le Mexique, le Brésil ne sont pas épargnés : on a trop souvent oublié que leurs industries sont encore très largement dépendantes des donneurs d’ordres occidentaux et japonais.

Une béquille étatique toute provisoire

A court terme, c’est la béquille de la dette d’Etat qui va se substituer à la béquille financière. Il faut d’abord éteindre l’incendie. L’Etat est en effet aujourd’hui le seul agent économique capable de s’endetter pour soutenir l’économie. L’impact de la politique monétaire est de moins en moins probant. Seules des stratégies budgétaires dispendieuses peuvent permettre aux économies occidentales d’échapper à la menace de déflation et de récession. Une nouvelle fois, les Etats-Unis et le Royaume-Uni montrent l’exemple, avec des plans de soutien massifs, avec la décision délibérée d’accepter de creuser davantage les déficits des finances publics : le qualificatif abyssal devient un euphémisme.

Mais il s’agit là, on l’aura compris, d’une stratégie d’urgence, qui ne saurait se prolonger. Il va falloir inexorablement remettre sur pied de nouveaux « business models », sans béquille financière ni étatique. Un modèle de croissance qui devra sans aucun doute trancher ce nœud gordien : le salarié des pays avancés n’est pas seulement un coût de production ou une charge pour les entreprises, c’est aussi un client-consommateur et un épargnant. A trop affaiblir l’un, on déstabilise l’autre. Mais derrière cette problématique bien keynesienne, c’est aussi toute la question de la globalisation et des modalités du libre-échange qui sont posées. On veut bien croire, avec le dernier prix Nobel Paul Krugman, que « la mondialisation n’est pas coupable ». Peut-être. Mais alors, il va falloir trouver des règles du jeu équitables qui permettent de stopper la désindustrialisation des pays avancés ; établir des règles internationales minimum en matière social et monétaire pour que cesse la convergence du coût du travail vers le bas. A défaut, on ne peut que craindre le retour du grand méchant protectionnisme

Laurent Faibis

 
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